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LE NOUVEAU MACCARTHYSME AMÉRICAIN

Pourquoi la jeunesse Congolaise doit s’en inquiéter

De Lumumba à la jeunesse panafricaine :
de l’anticommunisme à la criminalisation de l’anti-impérialisme

Le 16 juillet 2026, Washington a lancé une « offensive mondiale » contre le prétendu terrorisme de la gauche radicale. Derrière le discours sécuritaire, le périmètre du soupçon s’élargit pourtant bien au-delà des groupes violents : anticapitalistes, anti-impérialistes, communistes, anarchistes et marxistes sont désormais placés dans un même camp, accusés de partager une prétendue haine de l’Occident.

 

Mais les mots ne sont jamais innocents. Transformer toute une famille politique en menace sécuritaire, c’est préparer la surveillance des idées, des associations, des financements, des déplacements et des solidarités internationales. Le maccarthysme 2.0 ne vise plus seulement Moscou : il cible un monde multipolaire porté par la Chine, les BRICS et un Sud global décidé à contester l’hégémonie occidentale.

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Pour le Congo, cette mécanique est tristement familière. Hier, l’anticommunisme servit à désigner Lumumba, Mulele et les nationalistes congolais comme des ennemis à éliminer. Aujourd’hui, alors que Washington renforce son influence minière, diplomatique et sécuritaire sur la R.D. Congo, la jeunesse panafricaine et anti-impérialiste pourrait devenir la nouvelle cible.

Une jeunesse qui refuse la prédation des multinationales, la dépendance politique de Kinshasa et la mise au service d’intérêts étrangers des ressources stratégiques du Congo. Plutôt que de répondre à ses revendications, il suffira demain de la présenter comme radicalisée, manipulée par la Russie ou la Chine, puis de surveiller ses organisations, tarir ses financements et restreindre ses déplacements.

Cette doctrine ne révèle donc pas seulement la puissance américaine. Elle révèle surtout sa fébrilité.

Car lorsqu’un système réagit avec une telle virulence à la montée de l’antifascisme, de l’anti-impérialisme et de la multipolarité, c’est que la contestation n’a pas seulement visé juste : ELLE A TOUCHÉ LES FONDAMENTAUX DE L’EMPIRE.

LE MACCARTHYSME :
BIEN PLUS QU’UNE SIMPLE LUTTE CONTRE LE COMMUNISME

Le maccarthysme est souvent réduit à la figure du sénateur républicain Joseph McCarthy et à sa croisade contre les supposés agents soviétiques infiltrés dans l’administration américaine. Pourtant, il ne fut pas seulement une réaction excessive à la progression du communisme. Il constitua une véritable méthode de gouvernement par la peur, reposant sur la suspicion généralisée, la culpabilité par association et la destruction sociale de ceux dont la loyauté était remise en question.

Dès 1947, avant même l’ascension politique de McCarthy, l’administration Truman avait instauré un vaste programme de contrôle de la « loyauté » des fonctionnaires fédéraux. Une liste officielle d’organisations considérées comme subversives finit par fonctionner comme une véritable liste noire, affectant non seulement les organisations concernées, mais aussi la liberté d’association et d’expression dans l’ensemble de la société américaine.

McCarthy donna ensuite un visage spectaculaire à cette politique de la suspicion. En 1950, il prétendit détenir une liste de centaines de communistes infiltrés au sein du département d’État, sans jamais apporter de preuves sérieuses à la hauteur de ses accusations. Des fonctionnaires, des universitaires, des journalistes, des artistes et des syndicalistes virent leur carrière brisée sur la base de leurs fréquentations, de leurs opinions ou de simples dénonciations. Le Sénat finit par censurer officiellement McCarthy le 2 décembre 1954, mais les dégâts humains et politiques étaient déjà considérables.

La force du maccarthysme ne résidait donc pas seulement dans la répression de personnes effectivement membres du Parti communiste. Elle résidait dans sa capacité à étendre indéfiniment le périmètre du soupçon. Il suffisait d’avoir fréquenté la mauvaise personne, signé une pétition, participé à une réunion, défendu une cause progressiste ou refusé de dénoncer publiquement ses proches pour être présenté comme potentiellement subversif.

Or, c’est précisément cette mécanique qui semble aujourd’hui se reconstituer.

DU « PÉRIL ROUGE » AU « TERRORISME DE LA GAUCHE RADICALE »

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Le vocabulaire a changé, mais la méthode demeure familière.​Dans les années 1950, il s’agissait de protéger les États-Unis contre le « péril rouge » et l’infiltration soviétique. En 2026, il s’agit désormais de combattre un prétendu réseau transnational réunissant anarchistes, antifascistes, communistes, anticapitalistes et anti-impérialistes. La Maison-Blanche ne présente d’ailleurs pas la conférence du 16 juillet comme un simple échange entre spécialistes.

Washington a déjà engagé des procédures de désignation contre des groupes étrangers affiliés à cette mouvance et annoncé de nouvelles restrictions de visa visant des membres ou des soutiens présumés de groupes d’extrême gauche. Marco Rubio affirme également que certains réseaux seraient liés à des États hostiles aux États-Unis, notamment l’Iran et Cuba, sans avoir publiquement présenté d’éléments détaillés permettant d’établir l’étendue de ces connexions.

Il ne s’agit donc plus seulement de poursuivre des auteurs d’attentats ou d’agressions. Il s’agit de reconstruire une architecture antiterroriste internationale autour d’une catégorie politique particulièrement large et évolutive.

Or, une fois cette architecture installée, la question centrale devient : qui décidera de la frontière entre l’activiste, le militant radical et le terroriste ?

Car entre une organisation ayant recours à la violence, un mouvement pratiquant la désobéissance civile, une association dénonçant l’impérialisme et une jeunesse contestant les intérêts économiques occidentaux, les distinctions risquent de devenir de plus en plus floues.

C’est ici que commence le maccarthysme : non pas lorsque les auteurs de violences sont poursuivis, mais lorsque l’existence de quelques groupes violents sert à placer sous surveillance tout un univers politique.

Elle annonce explicitement une offensive mondiale contre le « terrorisme de la gauche radicale », appelé à être traité avec la même « férocité » que le terrorisme djihadiste. L’administration américaine prévoit également de renforcer la coopération internationale, de démanteler les circuits financiers concernés, d’examiner certaines structures associatives et caritatives et de poursuivre les réseaux soupçonnés d’agir au-delà des frontières.

 

UNE CROISADE DISPROPORTIONNÉE

Il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que toute violence politique provenant de mouvements se réclamant de la gauche est imaginaire. Certains groupuscules anarchistes ou antifascistes ont effectivement commis des attentats, des agressions ou des actes de sabotage. Ces violences doivent être documentées et poursuivies comme toutes les autres.

Mais la reconnaissance de cette réalité ne doit pas empêcher d’interroger la disproportion entre l’ampleur statistique de la menace et la croisade idéologique annoncée par l’administration américaine.

Une étude publiée par le Center for Strategic and International Studies relève bien une progression des attaques et projets d’attentats attribués à l’extrême gauche aux États-Unis depuis 2016. Cependant, ses auteurs précisent immédiatement que cette augmentation partait de niveaux extrêmement faibles, que les mouvements concernés demeuraient largement désorganisés et que leurs actions restaient nettement moins meurtrières que celles de l’extrême droite ou des organisations djihadistes.

Au cours de la décennie étudiée, les violences classées à gauche auraient causé treize morts, contre cent douze pour l’extrême droite et quatre-vingt-deux pour les auteurs djihadistes. Le CSIS recommande d’ailleurs explicitement d’éviter les réactions excessives et de combattre les violences politiques quelle que soit leur orientation idéologique. 

Le problème n’est donc pas la volonté de combattre les violences d’extrême gauche. Le problème réside dans leur transformation en menace civilisationnelle absolue, alors que les données disponibles imposeraient une approche autrement plus mesurée.

Plus inquiétant encore, la définition analytique retenue par le CSIS inclut parmi les motivations possibles du terrorisme de gauche l’opposition au capitalisme, à l’impérialisme ou au colonialisme, le nationalisme noir, l’écologie radicale, l’anarchisme ou encore certaines formes d’antifascisme. Le centre de recherche ne prétend pas que ces opinions seraient terroristes en elles-mêmes : sa définition suppose le recours ou la menace préméditée de violence. Mais dans le discours politique de l’administration Trump, cette distinction essentielle tend à disparaître.

Marco Rubio ne parle plus seulement de criminels utilisant la violence au nom d’une idéologie. Il décrit l’ensemble du radicalisme de gauche comme une manifestation de ressentiment, de nihilisme et de haine envers l’Occident. Les anticapitalistes, anti-impérialistes, communistes, anarchistes et marxistes sont ainsi rassemblés dans une même généalogie morale du mal.

La violence cesse alors d’être un critère juridique précis pour devenir une porte d’entrée permettant de disqualifier tout un ensemble d’idées, de mouvements et de revendications.

LE CONGO, LABORATOIRE HISTORIQUE DE L’ANTICOMMUNISME OCCIDENTAL

Pour comprendre les dangers que cette doctrine représente pour la R.D. Congo, il faut revenir sur la manière dont l’anticommunisme fut utilisé dès les premières heures de son indépendance.

 

Patrice Lumumba n’était pas le dirigeant d’un parti communiste congolais. Il était avant tout un nationaliste africain réclamant l’unité territoriale, l’indépendance politique et la maîtrise congolaise des ressources du pays. Mais dans le contexte de la guerre froide, son refus de se soumettre aux puissances occidentales suffisait à le rendre suspect.

Lorsque la Belgique intervint militairement au Congo et soutint la sécession du Katanga, Lumumba sollicita d’abord l’assistance des États-Unis et des Nations unies. Face à leur refus d’intervenir conformément aux attentes du gouvernement congolais, il se tourna vers l’Union soviétique. Cette décision permit aussitôt de le présenter comme le cheval de Troie du communisme en Afrique.

 

Les archives officielles américaines reconnaissent qu’à partir d’août 1960, Washington mit en place un programme clandestin visant à écarter Lumumba du pouvoir et à le remplacer par un dirigeant jugé plus modéré et plus favorable à l’Occident. La CIA finança des responsables politiques congolais, soutint le gouvernement installé après le premier coup de force de Mobutu, organisa des manifestations et diffusa de la propagande anticommuniste. Des projets d’assassinat de Lumumba furent également élaborés au plus haut niveau de l’appareil américain.

 

L’accusation de communisme n’était donc pas une simple erreur d’analyse. Elle constituait le langage permettant de transformer un conflit portant sur la souveraineté du Congo en opération de défense du « monde libre ».

Lumumba ne fut plus présenté comme le Premier ministre légitime d’un pays agressé et déstabilisé, mais comme une menace qu’il devenait urgent d’« éliminer ».

PIERRE MULELE : LA RÉPRESSION D’UNE RÉVOLUTION CONGOLAISE

Le cas de Pierre Mulele diffère cependant de celui de Lumumba, et cette différence mérite d’être assumée.

Ancien ministre de l’Éducation dans le gouvernement lumumbiste, Mulele se rapprocha effectivement du maoïsme et dirigea, à partir de 1963, une insurrection armée dans le Kwilu. Contrairement à Lumumba, son engagement communiste n’était donc pas une pure construction de la propagande occidentale.

Mais ce constat ne justifie ni la trahison dont il fut victime ni les conditions atroces de son élimination.

En 1968, Mulele rentra d’exil après avoir reçu des assurances d’amnistie. Il fut pourtant arrêté, soumis à un procès militaire sommaire, condamné à mort puis exécuté par le régime de Mobutu. 

Son assassinat illustre la manière dont l’anticommunisme servit de couverture à l’élimination physique des courants révolutionnaires congolais. Il ne s’agissait pas seulement de combattre une rébellion armée, mais d’effacer durablement toute alternative politique capable de contester le pouvoir installé avec l’appui occidental.

Mobutu devint dès lors l’un des principaux alliés des États-Unis sur le continent. Son régime bénéficia d’un important soutien financier, matériel et politique parce qu’il était considéré comme un rempart contre l’expansion communiste en Afrique. 

L’histoire congolaise révèle ainsi une constante : lorsqu’une puissance occidentale qualifie un dirigeant africain de menace idéologique, cette accusation dissimule souvent une question beaucoup plus matérielle.

Qui contrôlera l’État ? Qui contrôlera l’armée ? Et surtout, qui contrôlera les ressources ?

HIER, LE COMMUNISME ; AUJOURD’HUI, LA MULTIPOLARITÉ

La guerre froide opposait officiellement deux blocs : les États-Unis et l’Union soviétique. Le monde contemporain est autrement plus fragmenté.

La Chine est devenue une puissance économique et technologique majeure. Les BRICS se sont élargis, intégrant de nouvelles puissances du Sud. Plusieurs pays cherchent à diversifier leurs partenariats, à commercer dans d’autres monnaies, à remettre en cause certaines sanctions occidentales et à revendiquer une représentation plus équilibrée dans les institutions internationales. 

Cette évolution ne signifie pas que toutes les puissances émergentes défendent les intérêts africains. La Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou les États du Golfe poursuivent également leurs propres intérêts. La multipolarité n’est pas mécaniquement synonyme de libération. ​Mais elle offre aux pays africains la possibilité théorique de ne plus dépendre d’un seul centre de pouvoir. C’est précisément cette marge de manœuvre que les États-Unis tentent de contenir, particulièrement dans les secteurs stratégiques.

 

Washington considère désormais les minerais critiques comme une question de sécurité nationale, indispensable à son industrie militaire, à ses infrastructures, aux nouvelles technologies et à sa compétition économique avec la Chine. La Maison-Blanche les présente notamment comme essentiels aux systèmes d’armement avancés, aux communications, à l’énergie nucléaire, aux centres de données et à l’intelligence artificielle. 

Et la R.D. Congo occupe naturellement une place centrale dans cette stratégie.

Le partenariat signé entre Washington et Kinshasa le 4 décembre 2025 prévoit une coopération concernant les minerais critiques et d’autres actifs stratégiques congolais, ainsi que des réformes juridiques, réglementaires et politiques destinées à attirer et à sécuriser les investissements. L’administration américaine présente ouvertement son objectif africain comme la consolidation de chaînes d’approvisionnement fiables en minerais stratégiques. 

La question n’est pas de rejeter par principe toute coopération avec les États-Unis. La R.D. Congo a besoin d’investissements, d’infrastructures, de technologies, de transformation locale et de partenariats internationaux.

Mais un partenariat ne peut être considéré comme équilibré que si les Congolais conservent le droit de l’interroger, d’en contester les clauses, de demander des comptes à leur gouvernement et d’exiger que leurs ressources servent prioritairement au développement national.

Or, que se passera-t-il lorsque cette contestation s’opposera directement aux intérêts que Washington présente désormais comme essentiels à sa propre sécurité nationale ?

LA JEUNESSE CONGOLAISE ET AFRICAINE EN LIGNE DE MIRE

La nouvelle génération panafricaine ne parle plus exactement le langage politique de ses aînés. Elle ne milite pas nécessairement au sein de partis communistes structurés et ne se reconnaît pas toujours dans les catégories idéologiques du XXᵉ siècle.

Elle s’organise à travers les réseaux sociaux, les médias indépendants, les collectifs citoyens, les associations culturelles et les mouvements de la diaspora.

Elle dénonce les contrats miniers déséquilibrés, les interventions militaires étrangères, la domination des multinationales, la responsabilité des puissances occidentales dans les conflits africains et la dépendance politique de gouvernements qui recherchent davantage la reconnaissance internationale que la légitimité populaire.

Elle critique également l’influence américaine en R.D. Congo, les ambiguïtés diplomatiques entourant l’agression rwandaise — dont le soutien militaire au M23 a été documenté par les experts des Nations unies — et la tendance à traiter les ressources congolaises comme un problème d’approvisionnement occidental plutôt que comme le patrimoine d’un peuple souverain. 

Si aucun élément public ne permet aujourd’hui d’affirmer que Washington a déjà décidé de classer les organisations panafricanistes congolaises parmi les mouvements terroristes, le danger se situe en amont : dans la fabrication progressive d’un cadre idéologique permettant de présenter l’anti-impérialisme comme une haine de l’Occident et toute coopération avec une puissance non occidentale comme une possible ingérence étrangère.

Dans ce contexte, un militant dénonçant un accord minier pourrait être accusé de servir les intérêts chinois. Une organisation s’opposant à une politique américaine pourrait être soupçonnée de recevoir des financements russes. Une campagne panafricaine contre l’influence occidentale pourrait être étudiée non plus comme un mouvement politique, mais comme une opération informationnelle hostile.

LES MÉTHODES À CRAINDRE

Il suffirait ensuite d’invoquer les risques de radicalisation, de sabotage économique, de désinformation ou de financement étranger pour justifier une surveillance accrue.

Tandis que le maccarthysme d’hier s’appuyait principalement sur des commissions parlementaires et des listes noires professionnelles, celui d’aujourd’hui dispose des outils développés après le 11-Septembre : sanctions financières, surveillance transnationale, restrictions de visas, désignations terroristes, enquêtes sur les associations et coopération entre services de renseignement.

L’administration Trump a déjà annoncé qu’elle examinerait l’usage de structures associatives ou caritatives comme vecteurs supposés de financements illicites et d’influence étrangère. Elle prévoit également de recourir aux restrictions de visas et à la coopération internationale contre les réseaux qu’elle considère comme menaçants. 

 

Pour une jeunesse congolaise fortement présente dans la diaspora, cette internationalisation est loin d’être abstraite. Elle pourrait affecter les possibilités de déplacement, les partenariats universitaires, les financements associatifs, les campagnes numériques et les liens entre militants installés sur plusieurs continents.

Le nouveau maccarthysme ne prendra donc pas nécessairement la forme de grandes audiences télévisées. Il pourra agir plus discrètement : refus de visa, fermeture de comptes, surveillance administrative, suppression de financements, campagnes de discrédit et assimilation systématique de la dissidence à une influence étrangère.

« UN MONDE SANS DIEU » : LA RELIGION COMME ARME IDÉOLOGIQUE

L’un des passages les plus révélateurs du discours de Marco Rubio concerne sa description du communisme comme la promesse d’ « un monde sans Dieu ». Une formule loin d’être anodine.

Car elle ne se contente pas de critiquer une doctrine économique ou un système politique. Elle place le débat sur le terrain de la morale, de la spiritualité et de la civilisation. Le communiste — et, par extension, le radical anticapitaliste ou anti-impérialiste — n’est plus seulement présenté comme un adversaire politique. Dans cette construction idéologique, il est placé du côté de ceux qui s’opposeraient à Dieu et, par conséquent, au bien, à la beauté, à l’héroïsme et à la grandeur que les dirigeants américains prétendent incarner à travers la civilisation occidentale.

Cette lecture s’inscrit dans une orientation plus générale de l’administration Trump, qui affirme ouvertement les fondements chrétiens de l’Occident et appelle ses alliés européens à défendre leur héritage civilisationnel commun.

Une rhétorique qui n’est pas sans rappeler la controverse des 12 et 13 avril 2026, lorsque Donald Trump publia sur Truth Social une image générée par intelligence artificielle semblant le représenter sous les traits du Christ guérissant un malade. Face aux accusations de blasphème, y compris parmi certains de ses soutiens chrétiens conservateurs, l’image fut retirée le lendemain. Trump affirma ensuite qu’elle était censée le représenter en médecin.

UNE GUERRE DE CIVILISATIONS

La religion est ainsi transformée en frontière politique.

D’un côté se trouveraient Dieu, l’ordre, la famille, la civilisation et les nations occidentales. De l’autre, le chaos, le nihilisme, le communisme, l’immigration incontrôlée, l’islamisme, l’anti-impérialisme et toutes les forces présentées comme hostiles à l’Occident.

Cette rhétorique permet de faire passer la défense d’intérêts stratégiques pour une mission morale, voire divine. Les guerres ne sont plus menées pour le contrôle de territoires, de routes commerciales ou de ressources : elles deviennent des batailles pour sauver la civilisation.

La conférence du 16 juillet ne permet pas, à elle seule, d’attribuer au gouvernement israélien un rôle dans l’élaboration de cette nouvelle doctrine antiterroriste. Elle s’inscrit néanmoins dans un environnement politique plus large où la défense de l’Occident, la référence à un héritage « judéo-chrétien » et l’alliance stratégique avec Israël sont régulièrement présentées comme les composantes d’un même ordre civilisationnel.

 

Pour les peuples africains, cette instrumentalisation doit rappeler une vérité historique élémentaire : les entreprises de domination occidentales ont rarement été présentées comme des entreprises de domination.

La colonisation prétendait apporter la civilisation.

Les interventions militaires prétendaient défendre la liberté.

Les politiques économiques imposées prétendaient développer l’Afrique.

Aujourd’hui, la surveillance des opposants pourra prétendre protéger la démocratie contre le terrorisme.

EN ATTENDANT LES PROCHAINES LISTES NOIRES

La jeunesse congolaise devra donc défendre avec la même fermeté deux principes : le refus du terrorisme et le droit absolu de contester l’impérialisme.

Car réclamer la souveraineté sur son territoire n’est pas une forme d’extrémisme. Dénoncer la prédation des multinationales n’est pas du terrorisme. S’opposer à la mise sous tutelle politique de son gouvernement n’est pas servir une puissance étrangère. Et refuser que les minerais congolais deviennent le carburant d’une nouvelle guerre froide ne constitue pas une déclaration de haine envers l’Occident.

QUI SERA LA PROCHAINE BÊTE NOIRE DE WASHINGTON EN R.D. CONGO ?

Le premier maccarthysme a prospéré parce que la peur du communisme avait convaincu une grande partie de la société américaine que certaines libertés pouvaient être sacrifiées au nom de la sécurité. Le second cherchera peut-être à convaincre les gouvernements africains que la stabilité exige de surveiller, de marginaliser et de faire taire leurs propres jeunesses. 

L’histoire du Congo nous interdit de prendre ce risque à la légère. Hier, Patrice Lumumba fut présenté comme un danger pour le « monde libre ». Pierre Mulele fut éliminé comme un ennemi communiste de la nation. 

Qui sera, demain, la nouvelle bête noire de Washington en R.D. Congo ?

Menacé par la montée d’un monde multipolaire, l’Occident ne renonce pas à son hégémonie. Il tente de lui donner une nouvelle justification morale, religieuse et sécuritaire.

Et comme on le répète souvent chez BNK, lorsqu’il sent son ordre menacé, il revient toujours à ses fondamentaux :

SUPRÉMACISME ET PRÉDATION.

Dyana Mayenga KAMANDA

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