NOUVEAU PARADIGME EN RDC
LE " GENOCIDE BANTU" S'IMPOSE DANS LE DEBAT POLITIQUE
Si des experts américains reconnaissent aujourd’hui la réalité du Génocide Bantu en RDC, que notre campagne BISO BANTU dénonce sans relâche depuis des années, cette reconnaissance tardive n’est ni neutre ni désintéressée.
Elle s’inscrit d’abord dans une tentative de récupération politique d’un narratif devenu incontournable, à l’heure où le gouvernement congolais, fragilisé par de lourdes affaires politico-judiciaires en Belgique, ne peut plus sérieusement brandir l’argument d’un « génocide économique ». Accuser Kigali de prédation minière tout en étant soi-même soupçonné de pillage dans le Katanga est devenu intenable. Le glissement vers le terrain racial et idéologique s’impose donc comme le dernier levier de crédibilité diplomatique.
Mais surtout, l’évocation du Génocide Bantu permet aux États-Unis d’accentuer la pression sur Kigali, dont ils peinent à contenir les dérives hégémoniques. Le refus persistant du Rwanda de rompre tout soutien au M23, malgré les larges concessions obtenues dans l’accord de Washington, en est la preuve éclatante.
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Contrairement à l’accusation juridiquement vide de « génocide économique », la qualification de Génocide Bantu fait peser sur le régime de Paul Kagame une menace juridique et diplomatique réelle. Elle rouvre le dossier des crimes du FPR, non seulement en RDC mais dans toute la région des Grands Lacs : assassinats de chefs d’État, guerres d’agression, massacres de masse — plus de 15 millions de morts en trente ans, au nom d’une idéologie suprémaciste longtemps protégée.
L’acharnement du Rwanda à s’emparer militairement des terres congolaises via le M23 compromet l’application de l’accord de Washington, pourtant extrêmement profitable aux intérêts américains. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la volonté de Washington de tempérer les ardeurs sanguinaires de Kigali ne remet nullement en cause son agenda central — la balkanisation du Congo et l’usage du Rwanda, avec ou sans Kagame, comme proxy régional.
L’interview de Joseph Szlavik‑Soto est, à cet égard, révélatrice. Sous couvert d’« intégration régionale », il promeut un Rwanda présenté comme discipliné, rationnel et gestionnaire — seul apte, selon cette rhétorique bien rodée, à garantir la paix. Une narration paternaliste qui criminalise implicitement les Congolais, implicitement présentés comme incapables de gérer l’abondance de leurs propres ressources, et légitime ainsi une mise sous tutelle permanente.
La question est désormais posée :
Le pouvoir de Kinshasa a-t-il sacrifié l’unité territoriale de la R.D. Congo contre la promesse américaine d’un maintien politique ?
Une chose est certaine : avec ou sans Kagame, la balkanisation du Congo demeure, plus que jamais, un pilier central de la politique africaine des États-Unis.
Dyana KAMANDA
BNK INSTITUT
