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RDC - ISRAEL :
incohérences et génuflexions diplomatiques d'un pouvoir aux abois
L'excès de zèle diplomatique de trop ?
Dans sa course égoïste et aveugle à la survie politique, le gouvernement congolais vient, une fois encore, de sacrifier les intérêts du pays sur l’autel de calculs politiques pour le moins douteux — humiliant au passage tout un peuple.
Fidèle à ses habitudes de communication tapageuse, Kinshasa s’est donné en spectacle pour mettre en scène son rapprochement avec l’État d’Israël, aujourd’hui profondément contesté sur la scène internationale et confronté à une réprobation mondiale sans précédent en raison de sa politique génocidaire dans la bande de Gaza contre la population palestinienne.
Ce rapprochement est d’autant plus problématique qu’il vient directement affaiblir et décrédibiliser la campagne menée par ce même gouvernement pour faire reconnaître le concept, déjà problématique, de « GENOCOST » — génocide motivé par des gains économiques — en République démocratique du Congo. Comment prétendre mobiliser la conscience internationale autour des massacres subis par les Congolais tout en affichant, dans le même temps, un rapprochement aussi ostentatoire avec un gouvernement lui-même accusé de génocide ?
Plus largement, cette décision inscrit une nouvelle fois la RDC dans cette triste catégorie d’États africains qui semblent incapables d’imaginer leur diplomatie autrement que dans l’alignement sur les puissances occidentales et leurs alliances stratégiques.
Ceux qui applaudissent aujourd’hui ce choix au nom d’une prétendue realpolitik, sourde à toute idée de convergence des luttes et de cohérence politique, semblent surtout ne pas voir que le rapport de force diplomatique autour d’Israël est lui-même en pleine mutation. Même les États-Unis, pourtant soutien historique et indéfectible d’Israël, cherchent désormais à réévaluer leur relation avec un allié devenu politiquement très encombrant.
Il s’agit donc d’un rapprochement aussi contestable qu’inopportun, parfaitement représentatif de cette diplomatie du plat ventre à laquelle le pouvoir congolais nous a désormais habitués.
La RDC franchit même un pas supplémentaire en annonçant le déplacement de son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, alors que le statut de cette ville demeure précisément l’un des points les plus sensibles du conflit israélo-palestinien et que de nombreux États, notamment africains, refusent de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.
Le gouvernement congolais semble croire qu’en offrant un accès privilégié à ses minerais stratégiques, ou en multipliant les courbettes diplomatiques, il pourra infléchir les liens étroits tissés depuis des années entre Kigali et les réseaux sionistes israélo-américains. Mais c’est oublier que cette proximité ne repose pas uniquement sur des intérêts commerciaux déjà solidement installés : elle possède également une dimension politique et idéologique.
Le crédit exceptionnel dont Paul Kagame continue de bénéficier dans une grande partie des cercles occidentaux, malgré les crimes imputés à son régime, ne relève pas uniquement de considérations géostratégiques. Il s’inscrit aussi dans une vieille grille de lecture coloniale et hiérarchisante de l’Afrique, où certaines communautés sont continuellement célébrées pour leur prétendue « efficacité », leur « discipline » ou leur « rigueur », tandis que d’autres sont renvoyées à l’image du désordre et de l’incapacité à se gouverner.
Et c’est justement là que Kinshasa se piège elle-même. En s’enfonçant dans la mauvaise gouvernance, les scandales, l’incompétence administrative et l’affaiblissement constant de l’État, le pouvoir congolais finit, sans même s’en rendre compte, par alimenter les pires préjugés coloniaux qu’il devrait au contraire combattre. Pendant ce temps, Kigali et Kampala savent parfaitement exploiter cette représentation pour se présenter comme des partenaires régionaux « fiables », « disciplinés » et « efficaces ».
La communication du FPR participe d’ailleurs pleinement de cette stratégie. Depuis des années, les relais et influenceurs inkotanyi du FPR multiplient les rapprochements symboliques entre la mémoire des persécutions du peuple juif et le récit d’une prétendue persécution des Tutsi par les Congolais. Cette construction mémorielle et politique a largement contribué à renforcer les affinités avec certains réseaux pro-israéliens.
Plus profondément encore, Kigali a largement calqué sur Israël sa stratégie d’expansionnisme militaire au Congo, en s’appuyant sur un modèle consistant à justifier cette expansion par la nécessité permanente de protéger une communauté présentée comme menacée.
Dans ce contexte, croire que quelques concessions minières, déclarations d’amitié ou gestes diplomatiques spectaculaires suffiront à rebattre les cartes relève d’une profonde naïveté stratégique.
Ni Washington ni le gouvernement Netanyahu ne donnent, jusqu’ici, de raison sérieuse de penser qu’ils seraient prêts à sacrifier leurs relations anciennes avec Kigali pour satisfaire Kinshasa. La preuve en est cette duplicité constante : d’un côté, des promesses de soutien sécuritaire, des déclarations de fermeté et quelques mesures symboliques ; de l’autre, le maintien de coopérations privilégiées avec le Rwanda dans des domaines clés, sur les plans diplomatique, économique, sécuritaire ou technologique.
Et c’est justement ce qui rend ce rapprochement avec Israël objectivement indéfendable du point de vue des intérêts congolais — et ce, au-delà même de toute considération morale ou de toute solidarité avec la Palestine.
L’excès de zèle de trop. Celui d’un pouvoir aux abois, tellement obsédé par sa propre survie qu’il semble désormais prêt à toutes les génuflexions diplomatiques dans l’espoir de s’acheter quelques soutiens extérieurs.
Mais ce que Kinshasa semble oublier, c’est qu’un pouvoir qui multiplie les courbettes les plus indignes pour quémander sa survie politique est, d’une certaine manière, déjà mort.
Car en politique, la lâcheté n’achète ni le respect, ni la sécurité, ni même la loyauté de ceux devant lesquels on s’incline. Elle n’achète qu’une chose : le mépris.
Au peuple congolais, déjà meurtri par l’agression ougando-rwandaise, de tirer les leçons de l’inconséquence d’un pouvoir prêt à tout ... sauf à libérer ce pays !
Dyana KAMANDA
