
DIALOGUE NON INCLUSIF :
une balkanisation actée ?
Kinshasa sacrifie-t-il les territoires occupés pour consolider son pouvoir ?
En excluant le M23 du dialogue national, le régime de Kinshasa chercherait, selon ses partisans, à empêcher qu’une convergence entre l’opposition politique non armée et le groupe rebelle ne débouche sur une coalition suffisamment forte pour imposer son propre agenda.
Mais dans ce cas, une question s’impose : pourquoi avoir accepté de s’asseoir à la table des négociations avec Kigali, jusqu’à conclure avec le Rwanda — pourtant accusé d’agresser militairement la RDC — des accords de coopération économique régionale qui pourraient précisément lui permettre d’obtenir légalement ce qu’il est venu chercher par les armes ?
Pour reprendre une métaphore chère à notre ministre de la Communication : on peut donc manger avec le père, KAGAME, mais le fils, M23, lui, n’aurait même pas droit au dessert ?
Face aux accusations de bradage des ressources minières congolaises, certains soutiens du régime sont même allés jusqu’à soutenir que le bradage des minerais pourrait être justifié s’il permettait, en contrepartie, de mettre fin aux massacres et de récupérer les territoires occupés.
Une logique certes douteuse, mais qui reconnaît au moins la primauté d’une urgence existentielle, dans laquelle la sauvegarde du territoire national primerait sur toute autre considération.
Mais curieusement, cette même urgence disparaît lorsqu’il s’agit d’envisager un dialogue politique avec l’ancien président de la CENI qui a précisément organisé l’élection ayant permis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir. Ce qui est acceptable lorsqu’il s’agit de négocier avec Kigali au nom du salut du territoire devient soudainement inconcevable lorsqu’il s’agit de parler à un adversaire politique congolais, fût-il traître à son État.
Et cette contradiction ne s’arrête pas là. Entre la suspension des activités académiques dans les territoires occupés et l’hypothèse d’organiser un référendum constitutionnel auquel des millions de Congolais vivant sous occupation ne pourraient même pas participer, chaque nouvelle décision de Kinshasa semble entériner un peu davantage l’idée que ces territoires peuvent être durablement placés entre parenthèses, pourvu que le pouvoir central puisse, lui, continuer à fonctionner et à se préserver.
Il devient difficile de ne pas avoir l’impression que Kinshasa a clairement fait son choix : régner sans partage sur un Bantoustan politique à l’Ouest du pays, pendant que l’Est est progressivement abandonné aux ambitions hégémoniques du tandem MUSEVENI–KAGAME.
Et derrière toutes les justifications tactiques, les accords diplomatiques et les calculs de conservation du pouvoir demeure une question autrement plus grave :
Jusqu’où l’État peut-il prétendre défendre l’intégrité territoriale du Congo tout en prenant, les unes après les autres, des décisions qui normalisent l’absence de l’État congolais sur une partie de son propre territoire ?
Dyana KAMANDA
