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ARTISTES VS INDUSTRIE

à l’aube d’une nouvelle ère de prise de conscience politique chez les artistes ?

Après le rappeur Macklemore, qui a récemment provoqué un vaste mouvement de boycott après avoir été évincé de la tournée d’Ed Sheeran, à la suite de ses appels à une « Palestine libre » lancés sur scène, c’est au tour de l’artiste d’origine congolaise Tiakola de défrayer la chronique.

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Avec son nouveau single « CAMELEON », sorti ce 22 septembre et rendant hommage à ses racines congolaises, l’artiste a en effet choisi une stratégie pour le moins inhabituelle : publier son morceau exclusivement sur la plateforme X, en signe de protestation contre l’absence de monétisation des contenus musicaux dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Rappelons notamment que YouTube ne permet toujours pas la monétisation des contenus dans plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo.

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​L’exemple de ces deux artistes extrêmement populaires semble témoigner d’une prise de conscience politique plus assumée chez certains artistes mainstream, qui comprennent désormais que la prise de risque peut aussi s’avérer payante ! Dans le cas de Macklemore, par exemple, ses écoutes en streaming ont connu une hausse spectaculaire, comprise entre 97 % et 186 %, à la suite de son éviction de la tournée d’Ed Sheeran. Un immense élan de solidarité et de soutien envers le rappeur qui ne s’est donc pas limité aux réseaux sociaux. Et c’est précisément là que se situe l’enjeu le plus important !

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Car la réussite de ce type d’action repose avant tout sur le pouvoir d’achat du public et sur sa capacité à passer des slogans, des hashtags et de l’indignation numérique à des actes concrets (boycotts, choix de consommation ou soutien direct aux artistes), capables d’avoir un véritable impact économique sur les tenants d’une industrie musicale profondément arrimée aux logiques capitalistes.

Mais dans le cas de Tiakola, l’équation est un peu plus complexe. Le public africain, encore trop souvent méprisé par une industrie musicale qui le considère comme pas assez « bankable », ne pèse finalement pas très lourd dans le rapport de force face à une industrie largement soumise aux intérêts du Grand Capital.

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Pour réellement faire la différence, le bras de fer engagé par Tiakola devra donc recevoir un soutien massif dépassant les frontières du continent africain, notamment auprès des publics internationaux dont les comportements de consommation sont, eux, pleinement pris en compte par l’industrie musicale. Tout un défi !

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Car pour un géant démographique comme la RDC et ses quelque 120 millions d’habitants, la monétisation des comptes YouTube et des contenus numériques des artistes représenterait un tournant majeur, aussi bien pour le développement d’une véritable industrie musicale que pour l’indépendance artistique de musiciens aujourd’hui largement prisonniers du système des dédicaces, plus connu sous le nom de « mabanga ». Une pratique devenue l’une des principales sources de rémunération des musiciens congolais en dehors des concerts et des showcases.

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Cette pratique désormais profondément installée dans la musique congolaise (aussi bien en RDC qu’au Congo-Brazzaville) consiste à citer et à faire l’éloge de diverses personnalités (politiciens, hommes d’affaires, mécènes) suffisamment fortunées pour s’offrir ces mentions. Une pratique devenue controversée, car elle dégrade souvent la qualité des œuvres en transformant les morceaux en interminables listes de noms. ​Mais au-delà de la question esthétique, ce système des mabanga pose surtout une véritable question de liberté d’expression.

 

Car comment critiquer librement le pouvoir politique, les élites économiques ou certains acteurs de la société lorsque ce sont précisément ces mêmes personnalités qui financent, parfois à prix d’or, une partie importante de votre activité artistique ? La dépendance économique produit inévitablement une dépendance politique.

Et dans un pays mondialement reconnu pour son génie musical et ses talents immenses, capables de faire rayonner la culture congolaise bien au-delà du continent africain, l’incapacité persistante à structurer une véritable industrie musicale capable de rémunérer dignement ses artistes interroge. Elle apparaît même difficilement dissociable d’un système politique et économique qui trouve son intérêt dans le maintien des artistes sous dépendance financière, les privant ainsi d’une véritable autonomie et les enchaînant à la volonté d’une certaine bourgeoisie dominante.

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Car un artiste économiquement indépendant devient aussi un artiste beaucoup plus difficile à contrôler.

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Au-delà du seul enjeu économique, la question de la monétisation des contenus musicaux en Afrique francophone par les grandes plateformes internationales revêt donc également une dimension profondément politique.

Permettre aux artistes africains de vivre directement de leur art, de leur audience et de leur public, c’est aussi leur donner les moyens de s’affranchir progressivement des mécènes, des puissances économiques et des réseaux politiques dont dépend encore trop souvent leur survie financière.

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Reste désormais à savoir si cette prise de conscience dans le milieu musical continuera de grandir. Et surtout si elle sera accompagnée par un public lui-même davantage conscient de son propre pouvoir : celui de transformer l’indignation virtuelle en pression économique réelle. Car pour défier une industrie, les artistes ne pourront jamais agir seuls. Le véritable rapport de force commence lorsque le public décide, lui aussi, de jouer son rôle.

Dyana KAMANDA

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