
Une analyse signée APELP pour BNK INSTITUT
LE « KILELO » : LES NOUVEAUX VISAGES DE LA RECOLONISATION CONGOLAISE.
Anatomie d'une servitude moderne
Le récent discours de Joseph Kabila, annonçant sa prise de tête d’une plateforme politico-militaire incluant le M23, a ravivé une angoisse profonde : celle de voir, une fois encore, le peuple congolais payer de son sang les calculs d’une classe politique prête à tout pour le pouvoir.
Si certains se réjouissent de voir le régime actuel fragilisé, la majorité des Congolais refuse désormais ce faux choix : ni la trahison par les armes d’un homme dont les dix-huit années de pouvoir avaient provoqué un rejet populaire massif, ni un régime miné par la mauvaise gouvernance, le tribalisme et une obsession de survie politique qui l’a conduit à multiplier les concessions sur les ressources comme sur la souveraineté nationale.
NI PESTE NI CHOLERA ! Cette position ne traduit pas une indifférence face à la menace existentielle qui pèse sur la RDC. Elle révèle surtout l’épuisement d’un peuple qui ne supporte plus ce qu’est devenue sa propre société politique.
Dans une analyse aussi brillante que dérangeante, APELP dissèque pour BNK Institut les mécanismes d’une « recolonisation 3.0 » : une bourgeoisie congolaise qui reproduit les codes de la domination coloniale et devient elle-même le relais intérieur de logiques impériales. Infantilisation du citoyen, banalisation de l’injure, humiliations publiques, culte des puissants, violence sociale et invasion étrangère : l’auteur rassemble les pièces d’un même système de dépossession. Un Congo où beaucoup de Congolais ont fini par se sentir étrangers, dominés et asservis dans leur propre pays.
Une recolonisation noire 3.0 : décryptage
En observant ces clichés — le profil de cette classe de spécialistes et d’influenceurs, la minorité dominante qui les finance dans l’ombre, ainsi que la masse d’âmes aveugles qu’ils entraînent dans leur sillage —, ces paroles d’Anton Tchekhov résonnent avec une actualité déchirante :
« Dans les sociétés défaillantes, il y a mille sots pour chaque esprit éclairé, et mille paroles grossières pour chaque mot conscient. La majorité reste toujours ignorante, et l’homme raisonnable est constamment vaincu. Si vous voyez des futilités dominer les discussions dans une société, et les sots occuper le devant de la scène, alors vous êtes en présence d’une société très défaillante. »
Dans la défaillance, l’inversion des valeurs devient le contexte dans lequel le deux poids, deux mesures s’impose comme règle, et la perte du jugement personnel comme caractère.
Une bonne partie de la société congolaise a atteint des stades avancés de dépravation collective et d’inversion des valeurs. Ce n’est pas irrémédiable.
La société congolaise, dont une frange importante a atteint des stades avancés de dépravation collective, est devenue la caricature de cette faillite systémique. Cela ne signifie ni que le défi soit insurmontable, ni que la situation changera si nous nous contentons de croiser les bras.
1. Les parasites moqueurs : les nouveaux colons :
Avec les réseaux sociaux, chaque individu sans civisme dispose désormais d’un microphone pour y déverser toute l’indécence de cette inversion. La violence est devenue un langage ; l’injure, une normalité pour désigner tout avec un « T » et n’importe quoi. Seuls ceux dont ces parasites moqueurs — ces individus sans civisme — dépendent pour vivre en sont épargnés.
Cette dépravation s’est installée dans une société affamée, offrant une opportunité parfaite d’appliquer le machiavélisme : « exploiter les vices ou les faiblesses du moment de l’homme, pour dominer le plus longtemps possible sur lui ».
Ainsi, parmi les dominés, émerge une classe de flatteurs, de parasites moqueurs, d’impolis, de mal-éduqués, d’orduriers.
S’ils possèdent un savoir intellectuel, ils se rangent dans la classe des « spécialistes ». S’ils n’en ont pas, mais savent berner les foules sur les réseaux sociaux ou dans une salle, ils rejoignent celle des « influenceurs ». Leur poids sur le marché de la dépravation — dont l’élite dominante est la cliente — varie en fonction du nombre d’âmes qu’ils sont capables de berner : voilà leur valeur marchande.
Récemment, ces parasites moqueurs et artisans de l’injure se sont emparés de cette arme pour s’en prendre à Mme Denise Nyakeru, l’épouse de Félix Tshisekedi. Une dame dont le rang actuel lui vaut désormais d’être la « maman » d’une pléthore d’enfants (y compris des barbus ) en remplacement de celle qui l’était auparavant. Fermons la parenthèse : tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Après ce forfait, les indignations, les condamnations, les menaces et les actions d’envergure ne se sont pas fait attendre, que ce soit de la part des parasites moqueurs qu’elle nourrit ou de certains terrains hostiles. Inutile de nous attribuer un quelconque soutien à l’injure : nous la condamnons, et pas seulement dans ses formes symptomatiques. En effet, la même violence et la même injure ont été utilisées par ceux qu’elle finance (des membres de la classe des spécialistes et des influenceurs) afin de rétablir ce qu’ils appellent l’ordre et la dignité.
2. Le kilelo : l’injure comme norme sociale
Comprenons :
Dans cet état de société, l’injure n’en est pas à son premier usage. Elle est devenue une nouvelle coutume, celle que les Kinois appellent « le kilelo ».
L’injure ne révèle toute son ignominie que lorsqu’elle retourne à l’expéditeur ou atteint celui qui nourrit les parasites moqueurs. Comme le dit ce dicton africain : « La flèche est bonne dans la chair du gibier, mais c’est le deuil dans celle du chasseur. »
Il ne s’agit donc plus de défendre la moralité, mais bien de préserver son gagne-pain en retournant contre l’autre la même immoralité que l’on prétend condamner. Dès lors qu’il défend un haut placé, l’individu s’estime à l’abri de toute poursuite judiciaire, qu’il s’en prenne à une personne, à un groupe ou même au peuple tout entier. À la moindre dénonciation de l’illégalité de ses actes, il brandit aussitôt le refrain du « poison étranger » ou affirme être pris pour cible uniquement parce qu’il défend tel ou tel puissant. Cette proximité avec le pouvoir finit ainsi par lui conférer une forme de privilège, jusqu’à lui faire croire qu’il peut infliger à ses propres compatriotes des humiliations et des châtiments corporels qui rappellent les pratiques de la colonie belge.
C’est une mécanique perverse qui ronge les fondements de la vie et de la vie commune, jusqu’à faire sombrer le référentiel qu’est la société congolaise. Le temps est le meilleur juge, car il brise l’orgueil de l’inversion des valeurs en la vidant de toute son illusion. Il cogne le fils turbulent qui, dans sa fabulation, voulait ignorer le mur : symbole de la réalité. Comme cela est dit : « les oreilles dures n’entendent que sur un brasier. »
3. L’influence comme outil de contrôle :
Comme nous l’avons dit, l’influence parvient à imposer cet événement — cette passe d’armes entre des influenceurs et une haute placée de la classe dominante et payante — comme actualité à la une :
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Des marches de soutien sont organisées.
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Des opérations de traque sont lancées.
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Les inspecteurs judiciaires sont invités à s’auto-saisir des dossiers.
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Le Code numérique est rappelé.
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Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) annonce saisir la plateforme TikTok afin d’obtenir la suppression de plus de 2 000 comptes utilisateurs.
Ces influenceurs, intermédiaires entre le colonisateur — la classe dominante, nationale comme internationale — et le colonisé — la masse dominée —, peuvent imposer une urgence, mais aussi les attitudes et les jugements à adopter face à elle.
Ils font office de vigiles dans la perpétuation de la souffrance congolaise, à l’image du « triple E » belge — Église, État, Entreprises — qui assurait le contrôle du colonisateur sur le colonisé, jusque dans son divertissement, sa bière et son endoctrinement.
La peur ? Que, dans ces rassemblements indigènes, des colonisés n’aboutissent à une révolution prolétaire, comme ce fut le cas avec les socialistes communistes.
Ils parviennent ainsi à canaliser l’attention, les ardeurs et la colère de tout un peuple exploité, vers la faiblesse de ses futilités.
À chaque aurore, il faut une nouvelle illusion pour vous faire dormir toute la journée :
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Des injures entre factions.
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Des conflits inutiles médiatisés.
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Des images de nudité.
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Des compétitions.
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Le tribalisme comme objet subjectif de soumission, brisant tout recours à des revendications objectives au nom d’une fraternité unilatérale, où l’un est boss et l’autre Mukala. Comme le souligne MBEMBE en parlant du nègre et de sa relation avec son maître : « Toute sujétion aboutie implique constamment ce rapport de propriété, d’appropriation et d’appartenance à quelqu’un d’autre que soi-même. »
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De la bière et de l’alcool frelaté à bas prix.
ETC
4. L’infantilisation politique : « Papa, Maman et les enfants gâtés » :
Et comme dans tout esclavage qui se respecte, l’immatériel de l’homme — dont le corps n’est que l’objet — est attaqué. Les mots sont tordus pour empêcher l’expression du langage et astreindre au maximum l’imagination. Parlant du nègre et de son maître, MBEMBE souligne un rapport relevant d’une relation de sujétion :
« Au fond, il n’y a de nègre que par rapport à un maître, le maître possède son nègre. Et le nègre appartient à son maître. Le maître donne forme à son nègre en explosant ses formes antérieures. »
Et d’ajouter :
« Hors de cette dialectique de la possession, de l’appartenance et du plastiquage, il n’existe pas de nègre en tant que tel. »
Il s’agit d’une école de soumission et d’initiation à l’inversion : une vie hors de soi et contre soi, à laquelle la classe des influenceurs et des spécialistes — lesquels ne sont évidemment pas les seuls — contribue activement.
Elle sert notamment à ancrer davantage l’infantilisation du peuple. Le président de la République devient le « père » de la nation, sa femme la « maman ». Et l’on se demande alors : leurs enfants sont-ils les aînés de la nation ou des « Prince of Congo » ?
Le but ici est d’offusquer la réalité. Cette réalité qui démystifie la puissance du dominant, en vous révélant ses vulnérabilités et dans le même mouvement, les opportunités que votre propre faiblesse vous empêchait jusque-là de saisir.
Entre un président de la République et un citoyen, la relation est purement contractuelle, c’est la réalité politique fondamentale : Le président est un mandataire payé par les impôts des contribuables pour accomplir une mission légalement définie. Si ses résultats sont mauvais, le citoyen a le droit strict de le critiquer, de lui demander des comptes ou de le révoquer.
En l’appelant « père » et sa femme « mère », on passe totalement à un autre registre. Dans une famille, on ne rompt pas un contrat avec son père : on lui doit respect, obéissance et gratitude.
Ainsi, on banalise les anomalies politiques (corruption, incompétence etc…) en les étouffant sous un flot d’émotions victimaires et familiales. Les revendications sont culpabilisées. L’expression d’un droit citoyen doit être corrigée à coups de badine, car elle est perçue comme une crise d’adolescence, une ingratitude ou une rébellion d’enfants gâtés.
C’est dans le même but que les ardeurs tribales sont convoquées. Un politicien se dit votre enfant, parle la langue du milieu, boit un peu de la boisson locale et glisse quelques pas de danse traditionnelle, précisément au moment où il devrait rendre compte des fonds et des travaux dont il avait la charge — ou lorsqu’il s’agit d’abrutir les consciences par la corruption à l’approche d’une prochaine reconduction ou des élections. À partir du même principe, plusieurs cas types se dessinent.
5. « L’escarmouche » : le mensonge systémique :
Et c’est là qu’intervient « l’escarmouche » comme unité de mesure. Elle sert de preuve pour dissiper cette illusion de famille. Elle ramène l’individu de la masse dominée congolaise face à la répugnance de la condition dans laquelle il vit : hors de lui-même, tout en exaltant ses propres bourreaux.
La symbolique du terme « escarmouche » remonte à la campagne électorale de 2023.
Un peuple en guerre depuis plus de trente ans, dont des territoires sont sous occupation et où l’épuration ethnique avance de manière méticuleuse à chaque pas : il fallait donc quelque chose pour le convaincre. Et M. Tshisekedi a mis aux enchères une valorisation de la vie congolaise en déclarant, durant la campagne de 2023 :
« […] à la moindre escarmouche, des rigolos que vous avez vus s’exprimer à Nairobi, la moindre escarmouche ! Lisez sur mes lèvres. Je vais réunir les deux chambres en congrès comme me le recommande la constitution, et je vais leur demander l’autorisation de déclarer la guerre au Rwanda. Je le dis et je pèse mes mots. Parce que je suis même prêt à cela. Et aujourd’hui on n’a même pas besoin d’envoyer des troupes au sol au Rwanda, de chez nous pouvons atteindre Kigali. […] et je suis en train de vous dire que nous avons les capacités […] les congolais n’ayez peur de rien, nous avons les capacités de mettre cet individu hors d’état de nuire […] »
Entre cette promesse de défendre la vie des Congolais et leur territoire à la moindre balle tirée ou vie ôtée (c’est-à-dire à la moindre escarmouche) et son double démenti : d’abord en donnant l’impression d’y travailler, puis en relativisant, quelques années plus tard, après n’avoir rien fait, pour finalement s’excuser des propos tenus.
Pendant ce temps, plusieurs vies ont été ôtées et plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont occupées, sans compter les massacres quotidiens commis par les ADF en Ituri et au Nord-Kivu.
Pourtant, quelqu’un affirme qu’il n’est plus lié par cet engagement parce qu’il s’est excusé ! Il parlait avec une assurance qui n’était pas celle de la probabilité, mais celle d’une précision aiguë. Et pourtant, cette même intensité liée à l’« escarmouche » est appliquée lorsqu’il s’agit de protéger sa vie et le système de pillage en place.
C’est génial…pour la classe dominante. Mais pas pour la masse des dominés.
Une structure anticonstitutionnelle, gérée par la présidence, dotée d’officiers de police judiciaire (OPJ) et d’auditeurs, kidnappe des citoyens — citons le Conseil national de cyberdéfense (CNC). Ils parviennent à arrêter des citoyens suspectés de vouloir commettre une insurrection contre l’État avant même qu’ils ne l’aient faite.
Lorsque l’État se protège contre une insurrection, c’est la vie du président et de son système qui est considérée comme directement menacée. Mais lorsque vient le tour du peuple de bénéficier du même type d’ingéniosité (ou davantage, puisque le pouvoir est du peuple, pour le peuple et par le peuple ), il doit toujours y avoir un alibi. Un alibi qui, justement, disparaît lorsqu’il s’agit de protéger le système, ses membres ou de détourner des fonds.
Observez ce qui se passe et voyez combien la réaction varie selon l’identité de la victime.
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Les ADF massacrent plus que jamais en Ituri et au Nord-Kivu : plus de 1 000 civils tués en 2025 et plus de 140 pour le seul mois d’août 2026. Ils étendent leurs exactions jusqu’à des zones qu’ils n’avaient jamais atteintes, comme Mambasa ou Lubero. Pourtant, le gouvernement central n’agit pas, car ces terroristes ne cherchent pas à renverser l’administration en place. Aucune réaction à la hauteur tant que la manne — taxes et autres recettes — est préservée. En revanche, ce sont les activistes osant dénoncer l’inaction des autorités qui sont arrêtés.
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Des baleinières chavirent régulièrement, comme celle qui a coulé dans la nuit du 1er au 2 juillet 2026, à la jonction des rivières Kasaï et Sankuru : au moins 20 morts et plus de 100 disparus, selon Radio Okapi. Réaction ? Aucune ! C’est plutôt la mise en circulation d’un train d’un autre siècle, qui ne vaut même pas deux 4x4 du cortège d’un des ministres de la classe dominante. Ce train a déraillé ; il n’y a pas eu de mort. Donc aucun problème ! On engagera un parolier pour les condoléances à venir. Du reste, « ce ne sont que des nègres ! », se disent-ils entre eux.
En revanche, dans la nuit du 11 au 12 novembre 2025, l’avion de Félix Tshisekedi a été retenu dans les airs pendant près d’une heure en raison d’une panne d’électricité à l’aéroport international de N’djili. Le directeur général de la Régie des voies aériennes, ses adjoints et les contrôleurs ont été mis aux arrêts, auditionnés, puis suspendus. Lui a le droit de refuser certaines formes de la mort.
Mais le peuple, non.
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Pendant qu’Ebola ravage et que le personnel soignant fait grève en raison du non-paiement de ses salaires (alors même que des fonds ont été débloqués), aucune réaction. L’attention du peuple est détournée vers autre chose.
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Des populations innocentes, sous protection de l’État, sont massacrées par découpage à Kinshasa. Aucune réaction populaire, ni de la part de ces influenceurs pour pousser la masse à l’action.
Le responsable de la sécurité est leur nourricier, et toute opposition à lui s’apparente alors à une fragilisation de l’État… ou simplement au jeu de l’ennemi.
Mais qu’est-ce qui fragilise réellement l’État : une insécurité entretenue ou la remise en question d’un ministre ( serviteur ) ou d’un gouvernement (groupe de serviteurs) incapables ?
N’est-ce pas plutôt cette apathie face au mal qui joue en faveur de l’ennemi ?
Il suffit que le petit doigt d’un membre du système soit victime pour que toute l’armada se déclenche.
C’est cela, l’escarmouche : cette hiérarchisation des victimes qui désigne qui a droit à une réaction et qui n’y a pas droit.
Ce que l’Occident ne pardonne pas à Hitler, affirmait Césaire,
« ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique… »
Et de cette hiérarchisation, Philippe Decourroux disait :
« Il y a ceux qui ont le droit de l’homme et ceux qui n’ont que le droit de se taire. Il y a ceux qui surconsomment et ceux qui crèvent de misère. Ceux qui font des discours pour masquer l’injustice et les appels au secours de ceux qui la subissent. »
6. Le GENOCOST : la mémoire comme business :
Cette infantilisation s’est ancrée au point que le jugement personnel de nombreux Congolais a creusé les abysses, perdant jusqu’à la matrice des priorités.
Les gens vont célébrer la qualification des Léopards à la Coupe du monde avec leur « papa de la nation » alors que, dans cette même nuit du 1er au 2 avril, leurs frères ont été lâchement massacrés à Mambasa, dans le village de Bafwakoa…45 âmes, frères et sœurs, dont personne n’a voulu se soucier. Pas même un communiqué officiel du gouvernement. Il n’y avait rien pour alimenter le buzz « endormisseur »…
Au point que des cérémonies de commémoration, comme celle du Génocost, sont transformées en objets de dilapidation des fonds et en festivals. Un concept issu de la société civile, pillé et détourné par le gouvernement.
Les fonds de la FRIVAO et du FONAREV, détournés en portefeuilles privés, financent la classe des spécialistes et des influenceurs.
Sacrilège : l’argent des morts !
Exactement le même procédé d’aliénation qui est utilisé par le Rwanda et l’Ouganda dans la fabrication des guerres par procuration à l’Est de la RDC. Le brandissement d’un altruisme prétendument soucieux du Congolais ; altruisme bien expliqué par Museveni dans Afrique en morceaux :
« […] Nous n’avons pas porté Kabila au pouvoir juste par altruisme, mais parce que nous avions des intérêts dans cette affaire […] »
Le but devient alors d’occuper autrement les Congolais, notamment par les influenceurs tribaux et autres, pour détourner leur attention des véritables enjeux : le génocide Bantu en cours.
C’est de la recolonisation 3.0. Une bourgeoisie africaine qui agit comme gérant pour le compte des colons blancs.
La colonisation, tout comme la société congolaise actuelle, attaque l’identité intrinsèque et personnelle de l’individu afin de le soumettre d’abord dans son immatériel, rendant ensuite plus facile le conditionnement de son corps.
C’est là qu’intervient l’inversion des valeurs : tu finis par faire ce que tu ne veux pas, ce qui est contraire à ton identité. D’où l’affaiblissement inévitable de l’être.
« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. »
Disait Thomas Sankara. Et d’ajouter : « Seule la lutte libère. »
7. La Reconquête de soi-même : La liberté :
Qui suis-je ?
C’est une question qui conduit à la découverte et à la reconquête de soi-même.
À la découverte de ses faillites et de ses capacités, à la lumière de la vérité, laquelle est source de vie et de liberté.
Le Debout Congolais est un hymne porteur d’un devoir générationnel et transgénérationnel. Lorsqu’il parle du « nous », à l’impératif comme à l’indicatif, il évoque la constitution d’individus s’étant découverts, émancipés de l’illusion et de la définition de soi par le regard de l’autre.
Ce n’est qu’après avoir, chacun, reconnu son état d’esclavage et son appel à la liberté que les individus pourront s’unir les uns aux autres pour articuler un projet de liberté.
Articuler un projet est, en soi, une démonstration de liberté intérieure. La liberté et l’esclavage auront été deux sujets complexes, antiques et pourtant actuels, qui auront traversé l’humanité depuis sa genèse jusqu’à son apocalypse.
La liberté devient cet état de paix avec l’origine de la vie — Dieu —, avec soi-même, son prochain et son environnement. État dans lequel on accomplit sa destinée. Reconquérir le soi-même. Puis regarder et comprendre sa situation, désormais, comme un moyen de vaincre l’adversaire.
Le nombre d’esclaves en Haïti était à l’avantage du colon, qui en tirait bénéfice. Mais la reconquête de soi et le fait de se mettre ensemble autour de principes leur ont permis de transformer la force du colon en sa faiblesse : lui ravir cette humilité — cette soumission — qui lui octroyait le pouvoir de posséder leur avenir.
S’ils peuvent abrutir par les réseaux sociaux, usez-en pour instruire et faire renaître la force. Lorsque l’hostilité deviendra forte pour eux sur ce terrain, la censure et les violences feront leur apparition.
Le tambour parlant a été confisqué parce qu’il était devenu un élément d’échec pour le colon. Mais cette fois-ci, ne perdons pas la bataille contre le « mondélé » (aujourd’hui noir ou blanc) vêtu en diplomate mais de nature négrière.
La colonisation actuelle, sous ses formes de violence physique et psychique, ne permettra en rien au Congolais d’exercer sa mission, ni même de préparer un lendemain pour ses enfants. C’est l’absence de legs d’un serment de liberté à sa postérité.
Si l’ennemi de l’homme est l’homme, alors l’homme est d’abord le premier ennemi de lui-même. Les penchants de son propre cœur peuvent le soumettre. Ce sont eux qu’il faut aussi combattre, après les avoir observés.
Il ne sert à rien de combattre lorsque nos propres défauts deviennent des atouts pour l’ennemi, ni de s’évertuer à combattre avec les mêmes armes que le colon.
Cela reviendrait à se rendre soi-même esclave, ou à rechercher le seul prestige d’ôter la vie comme le fait le colon. Vous ne feriez alors que contribuer à la boucle d’un système qui finira par s’écrouler, en liant votre sort à celui que vous prétendiez combattre.
L’embouteillage de l’Afrique des indépendances, ce cri d’Une Saison au Congo de Césaire, doit nous servir de leçon. Extirper le cancer et son propagateur du milieu de soi et du milieu de nous.
« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. »
Et cela commence par : Prendre la décision sage de reconnaître ses chaînes, Arrêter de nourrir les réseaux qui en font la force, Se désabonner massivement de tous ces contenus futiles détournant l’attention de vrais enjeux, Reprendre sa parole en réapprenant à juger ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ; cela impliquera de se nourrir avec de contenus manuscrits et numériques qui instruisent véritablement.
Ces libertés personnelles hâteront le jour de la grande liberté.
«Les méchants se promènent de toute part quand la bassesse règne parmi les fils de l’homme»
Réf. : Psaumes 12e : 8e
APELP

